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"L'Algérie
des chimères", un titre ambigu, un effet certain, au premier
degré, mais regrettable
Chimère a au moins trois sens, voire quatre. Le plus courant, c'est l'utopie,
l'irréalisable ; le second, c'est un monstre fabuleux à tête de lion,
ventre de chèvre, et queue de dragon ; le troisième, un organisme composé
de deux variétés de cellules ayant des origines génétiques différentes
; le quatrième, un poisson marin vivant en eau profonde, peu commun. Aux
téléspectateurs, avertis, de ce téléfilm diffusé le 21 juillet, de donner
au titre, le sens correspondant à ce qu'ils en auront retenu.
Mais la majorité aura vraisemblablement retenu le sens courant de l'illusion,
de l'utopie, confortée en cela par la référence appuyée au saint-simonisme.
Et c'est dommage, au moment où les nouvelles générations de français
et d'algériens sont nécessairement appelées à imaginer, et vivre, des
relations franco-algériennes nouvelles. Comment "L'Année de l'Algérie
en France" a-t-elle pu laisser passer ce titre décourageant ?
C'est au deuxième degré qu'il faudrait comprendre cette production,
qui, au milieu des inévitables clichés, comporte aussi quelques traits
vrais, sans doute vécus, parmi les personnages présentés, parfois attachants
malgré le genre "perdus d'avance" dont on les revêt. C'est peut-être
cet "à quoi bon", qui explique l'échec des politiques d'intégration,
tentées de part et d'autre de la mer, hier et aujourd'hui.
Pour ma part, je préfère le troisième sens du mot chimère. A ce titre,
nous sommes beaucoup à être quelque peu des chimères, nés hier, plus encore
aujourd'hui. Une osmose s'est réalisée entre ces deux peuples, osmose
bien réelle et irréversible.
A moins que - la dernière vue du téléfilm, sur la mer, nous y invite -
le bon sens de la chimère soit le quatrième, celui d'une espèce, à trouver
en eau profonde, sûrement peu commune, je dirai, originale. Dès
l'Antiquité, la Méditerranée a été un lien plus qu'un fossé et nous a
attirés.
[31.07.2003]
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